Dans la série, on trouve essentiellement trois formes de titres: ceux qui sont identiques aux titres des romans adaptés, ceux qui en diffèrent seulement par la présence du mot « Maigret », absent du titre original (romans des périodes Fayard et Gallimard), et les titres inventés par les scénaristes, complètement différents du titre original. Sur les 54 épisodes, on en trouve 24 dont le titre est identique à celui du roman, 18 où on a ajouté le nom de Maigret au titre original, et 12 qui sont des inventions.

Dans les 24 titres pareils aux titres originaux, on en trouve 21 qui contiennent le nom de Maigret (ce sont, sans surprise, des adaptations des romans de la période Presses de la Cité).

Les trois autres épisodes sont des adaptations de deux romans de la période Gallimard, ainsi que d’une nouvelle, où n’apparaît pas le commissaire. Cependant, pour bien marquer l’appartenance de ces épisodes à la série, le titre de l’épisode est tout de même précédé du nom du héros.

Lorsque le titre original ne contient pas le nom de Maigret (romans des périodes Fayard et Gallimard, et nouvelles), la règle qui prévaut est d’ajouter ce nom au titre original. Il y a là une volonté évidente de marquer la continuité de la série, et l’appartenance de chaque épisode à un ensemble dont le héros représente le fil rouge. On est bien dans une série, la « série Maigret », comme le montre aussi le générique introductif qui ouvre chaque épisode.

Pour les 12 titres de la série qui sont différents du titre original, on peut les répartir en trois groupes;

* ceux qui comportent le nom de Maigret et qui sont adaptés d’un roman ou d’une nouvelle où ce nom n’apparaissait pas

* ceux qui comportent le nom de Maigret et qui sont adaptés d’un roman où ce nom se trouvait également

* ceux qui ne comportent pas le nom de Maigret, qui n’apparaissait pas non plus dans le roman ou la nouvelle adaptés; remarquons que le générique comporte tout de même le nom du héros au-dessus du titre, de la même façon que vu plus haut

Si l’on considère ces 12 titres différents du point de vue de la chronologie de la série, on constate les points suivants:

* le premier épisode de la série (Maigret et les plaisirs de la nuit), qui inaugure celle-ci, a déjà un titre différent: on sent là la volonté, dès le départ, de se démarquer de la série précédente avec Jean Richard, mais aussi de mettre en place quelque chose de nouveau et d’inédit; ce titre inventé nous donne tout de suite le ton: on osera s’éloigner du texte original (on le voit d’ailleurs dans l’intrigue de l’épisode lui-même), on osera créer un nouveau style, un nouveau ton, bref, inventer le Maigret du début du XXIe siècle, tout en faisant référence à une époque déterminée, mais cependant assez peu accentuée pour laisser la série parler à tout un chacun

* le deuxième épisode au titre différent (Maigret en Finlande) trouve sa justification par une tout autre raison: coproduction oblige, certains épisodes sont amenés à être tournés dans des endroits qui ne sont pas ceux du roman adapté: ainsi, l’intrigue de Un crime en Hollande est-elle déplacée en Finlande

* les quatre épisodes suivants à avoir un titre différent (Meurtre dans un jardin potager, Un meurtre de première classe, Maigret voit double, Maigret chez les riches) apparaissent dans une période bien déterminée de la série, celle du tournant des années 1999-2000, celui où le ton de la série se met à changer, où Crémer s’installe dans son personnage, après avoir accepté de signer un quatrième contrat (lui qui voulait s’arrêter après le premier !), où on sent l’acteur très à l’aise dans ce rôle, qu’il commence à façonner à sa mesure; c’est aussi la période du tandem de scénaristes Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet, qui vont signer les adaptations de certains des meilleurs épisodes de la série

* les quatre épisodes suivants avec titre différent appellent d’autres hypothèses: Maigret et la croqueuse de diamants est probablement un titre plus accrocheur et plus « parlant » pour le spectateur des années 2000 que le titre du roman original (rappelons qu’il a été écrit en 1930); Maigret et le fou de Sainte Clothilde se justifie par le déplacement du lieu de l’intrigue; La maison de Félicie est sans doute plus évocateur et plus proche du scénario de l’épisode, où la maison est beaucoup montrée et joue un grand rôle; Maigret et la princesse est aussi plus proche du scénario, où le personnage d’Isabelle de Wissemberg est assez différent de celui du roman, et où la relation qu’elle entretenait avec le comte de Saint-Hilaire est présentée en mettant plus d’accent sur le romantisme que sur le thème du temps qui passe (Maigret chez les vieillards ne fait pas très romantique !); notons que dans la série avec Jean Richard, c’est un des rares épisodes pour lequel on a aussi trouvé un titre différent: cette fois, l’accent étant mis sur le personnage du comte, l’épisode s’appelle Maigret et l’ambassadeur

* les deux derniers épisodes avec titre différent (Maigret chez le docteur et Maigret et la demoiselle de compagnie) focalisent sur un des personnages centraux de l’intrigue, mais qui n’est pas le même que celui du titre des nouvelles adaptées.

Conclusion de tout cela: une fidélité plus grande qu’on aurait pu le croire dans les titres des épisodes, preuve que Simenon savait choisir le titre qui fait mouche – mais qui en eût douté ? -, et en même temps quelques jolies trouvailles, qui marquent le style si particulier de cette série hors du commun…